Turkey

(Cet article a été crée le 10/09/2009 et le lien est ici. Je vais le traduire en Anglais dès que possible et le publier ici).

“Peace at home, peace in the world”

Imaginons un bachelier qui entreprend des études universitaires. Son objectif est d’obtenir le Capes, afin d’enseigner donc. Cependant, alors qu’il vient d’avoir son Deug, on lui signale que même s’il réussi le Capes, il n’aura pas forcément le droit d’enseigner.
C’est le même schéma qui s’applique à la Turquie : reconnue candidate officielle pour l’adhésion à l’Union Européenne en 1999 à Helsinki, l’UE décida en 2004 d’ouvrir les négociations, en vue de l’adhésion. Mais à peine les négociations entamées, on dit à la Turquie que l’adhésion ne lui sera pas garantie.

Il est très important de rappeler que ce sont tous les pays de l’UE qui ont reconnu la Turquie candidate officielle en 1999. Ce sont tous les pays de l’UE qui ont signé en 2004 afin que les négociations commencent. Le parlement européen, représentant démocratique direct des citoyens de l’UE, a voté pour l’ouverture de ces négociations : 407 voix pour, 262 contre.

C’est donc démocratiquement que l’UE a donné le feu vert aux négociations avec la Turquie. On ne peut pas remettre en cause la démocratie. Or, c’est ce que font des politiciens, dont Mr Sarkozy (il aurait du faire cela en 1999, ou en 1996 lorsque Mr Juppé préparait l’accord douanier entre la Turquie et l’UE. Ou en 1963 lors de la signature des accords d’Ankara!), qui conteste et ne respecte pas les démocraties française et européenne.
Ce n’est pas parce qu’il a gagné les élections de 2007 qu’il peut se permettre de décrédibiliser la France et l’UE (s’il a gagné, c’est parce qu’il avait Mme Royal comme adversaire, les Français ne voulaient pas d’une femme présidente. Mais si c’était un homme qui avait représenté le PS, les Français n’auraient pas fait ce choix farfelu. Mr Jospin fut un excellent premier ministre, il aurait fait un excellent président.

Au moins lui sait parler français, contrairement à Mr Sarkozy, qui, avant le second tour, face à Mme Royal, disait sans arrêt: “Si chuis président”. De plus, lorsque les candidats ont été invités à s’adresser aux Français, les yeux de Mr Sarkozy étaient rivés sur la table pendant qu’il parlait, alors que Mme Royal regardait la caméra, c’est-à-dire dans les yeux des Français.
Mr Sarkozy a parfois une attitude étrange avec les journalistes. Il y a longtemps déjà il me choqua. Je me rappelle à l’époque des 35 heures, un soir, il fut l’invité du journal de France 2. Il parlait, et subitement, interrogea Béatrice Schönberg: “Vous êtes contre les 35 heures ?”, et la journaliste qui répondit: “Oui”. Il faudrait à tout prix être de son avis. Attention prenez garde ! Attention les Suédois, je ne suis pas content, vous soutenez la Turquie. Prenez garde.
Quant à Mr Kouchner, il me choqua aussi, mais pour une autre raison. Pour moi aussi ce fut une trahison envers le PS. Comment a-t-il pu mettre ses convictions de côté et accepter d’être une marionnette d’un gouvernement risible ? Je ne l’ai pas compris).

Reconnaître la Turquie candidate officielle à l’UE fut une décision sérieuse et importante. Il y a des règles, des lois établies, des mécanismes démocratiques au sein de l’UE, ils ne peuvent pas être changés, ou contestés en continu parce qu’il y a eu un changement de gouvernement en France ou en Allemagne, ou ailleurs. Sinon, n’importe qui pourrait continuer ces fourberies indéfiniment, à chaque changement de gouvernement.
De toute manière, Mr Chirac a demandé à ce que la France soit consultée par référendum à propos de l’adhésion de la Turquie à l’UE (à la fin des négociations, probablement dans une dizaine d’années).

Alors il est inutile de vociférer çà et là sur la Turquie. Mais pourquoi vocifère-t-on sans arrêt sur la Turquie ?

N’y a-t-il pas des sujets graves qui méritent plus d’attention ? A savoir le chômage, le rapport de force sur le marché du travail en faveur du patronat, la retraite, l’environnement, les OGM ?

Au fait, après la seconde guerre mondiale, si la France et l’Allemagne avaient fait un référendum pour s’unir et créer la CEE, est-ce que les Français et les Allemands auraient voté “Oui” en majorité?

En Europe, et surtout en France, on méconnaît la Turquie. Il y a beaucoup de préjugés.
Je suis un exemple, plus exactement je fus un exemple, car je connais mieux la Turquie aujourd’hui. Avant, je ne connaissais pas la Turquie, j’avais des préjugés. Depuis que je suis petit, lorsque je regarde les infos et que la Turquie est à l’ordre du jour, je me rends compte que la majeure partie du temps, on en dit que du mal, et on ne montre que le côté négatif, on en rajoute même, sans expliquer ce qui se passe vraiment dans ce pays. En ce qui me concerne, je fais référence à Arté Info, au journal de France 2 et à certains quotidiens. Quasiment à chaque fois, ces médias ne diffusent que des événements négatifs sur la Turquie, on est habitués à cela en France. J’ignore si c’est la même chose pour des radios ou d’autres chaînes de télévision.
C’est donc à cause de l’image négative créée par ces chaînes et certains quotidiens que je n’aimais pas la Turquie, et cela m’a psychologiquement affecté jusqu’à l’adolescence: j’avais honte à l’école quand mes professeurs me demandaient l’origine de mon prénom. Pour moi, la Turquie se résumait à ceci: droits de l’Homme bafoués, pays “peu moderne”, coups d’État militaires (ces derniers furent un prétexte pour l’UE pour geler les relations UE-Turquie. Le CHP, parti socialiste turc, a récemment proposé de juger les instigateurs de ces coups d’État).
Mais lorsque j’ai commencé à lire la presse turque, à suivre de près quelques chaînes de télévision turques, l’image négative que j’avais sur la Turquie s’est dissipée pour laisser place à un nouvel horizon plein d’espoir. La Turquie n’était donc pas qu’un catalogue de clichés ou de faits négatifs. J’ai découvert la Turquie, entre autres : les femmes turques ont eu le droit de vote bien avant les Françaises, la première femme pilote du monde était Turque. Il y a des églises à Istanbul et ailleurs dans l’Anatolie (Istanbul a été choisie capitale culturelle de l’Europe de l’année 2010).
Je me suis rendu compte que les journalistes turcs n’ont rien à envier aux journalistes français. Les principales chaînes de télévision turques ne font pas de propagande pour le gouvernement ou un parti politique. Contrairement à certaines chaînes françaises, les chaînes comme NTV ou TRT Türk sont objectives, et les chaînes françaises ont beaucoup à apprendre, croyez-moi il y a du boulot.
La Turquie, dans le domaine de la musique, n’a rien à en envier à l’Europe, rien (par ailleurs, de nombreux festivals de musique sont organisés chaque année, dont des festivals de jazz internationaux à Istanbul).
Il y a beaucoup d’intellectuels et de journalistes turcs qui sont engagés et qui dénoncent les atteintes aux droits de l’Homme.
La Turquie a eu 2 présidents kurdes, et il y a toujours eu beaucoup de députés turcs d’origine kurde, tous partis confondus. Ce que j’ignorais. Dire que les Kurdes en Turquie n’ont pas de droits est faux. C’est vrai qu’ils n’ont pas encore la possibilité d’étudier le Kurde à l’école, à l’université (bientôt ils auront ce droit, le gouvernement s’apprête à lancer des mesures pour favoriser les droits culturels des Turcs d’origine kurde), qu’ils n’avaient pas de chaîne jusqu’à récemment (depuis janvier 2009, ils ont une chaîne en kurde), mais à part ces restrictions culturelles, ils sont considérés comme des citoyens turcs, et ont les mêmes droits que n’importe quel autre Turc, quelle que soit son ethnie d’origine.
D’ailleurs, Ilker Başbuğ, l’actuel chef d’Etat-Major des armées turques, dit il y a deux ans que ce fut une erreur de ne pas avoir accordé de droits culturels aux Turcs d’origine kurde.

Le PKK, groupe terroriste, a tué plus de 40 mille personnes en Turquie. Ce groupe terroriste ne représente pas les Kurdes, mais c’est ce qu’on veut faire croire en Turquie, dans l’UE et le reste du monde. L’objectif de ce groupe terroriste est de morceler la Turquie pour créer un Etat kurde, et des lobbies dans l’UE œuvrent de concert pour cela. On veut faire croire aux Européens que le PKK fait exploser des bombes parce que les Turcs d’origine kurde n’ont pas de droits culturels. Le PKK ne représente pas les Kurdes. Et de toute manière, depuis quand assassine-t-on des civils et des militaires parce qu’on n’a pas le droit d’étudier sa langue d’origine? Les Alévis en Turquie (20 millions sur une population de 72) militent depuis des années pour avoir plus de droits concernant leurs croyances religieuses. Ont-ils décidé de commettre des attentats, de tuer des gens pour obtenir ces droits?
Des Kurdes ont été persécutés par le passé, mais est-ce une raison pour tuer des gens ? Il y aussi des journalistes, des écrivains turcs qui ont été persécutés, ils ne sont pas pour autant devenus des assassins.
Récemment, un député européen a déclaré au parlement de l’UE que “Les combattants du PKK sont des combattants de la liberté”. Certainement pas Monsieur, ce sont des terroristes. Vous les soutenez ? Alors vous êtes un collabo.
L’UE et les États-Unis ont les mains pleines de sang, car ils n’ont reconnu le PKK comme groupe terroriste que depuis quelques années. Pourquoi ont-ils tardé? Chère UE, est-ce çà la liberté, la démocratie?
Arté Info appelle les terroristes du PKK “rebelles kurdes”. Ils tuent des gens, et ils seraient des “rebelles” ? A chaque fois qu’Arté Info fait un reportage sur les Kurdes de Turquie, c’est la ville de Diyarbakir qui est choisie, là où le PKK fait beaucoup de propagande, là où les terroristes profitent de la pauvreté pour manipuler les gens. N’y a-t-il que des Kurdes en Turquie? Et pourquoi certains journalistes d’Arté Info ressentent-ils le besoin de toujours se rendre à Diyarbakir? Pourquoi pas à Kars, Ankara, Istanbul, Edirne, Erzurum? Il y a aussi des Kurdes dans ces villes. De plus, le chômage ne touche pas que l’est de la Turquie, mais toute la Turquie.
Le dernier, mais pas le moindre: à chaque fois qu’Arté Info montre une carte géographique de la Turquie, elle morcelle le sud-est et y annote “Kurdistan”. Cela prouve clairement qu’Arté Info fait de la propagande pour les terroristes du PKK. C’est çà le journalisme franco-allemand? Non, c’est un travail de collabo.
Il y a des journalistes turcs, kurdes, des députés kurdes du gouvernement actuel, du CHP ou d’autres partis politiques, qui dénoncent le PKK et ceux qui le soutiennent. L’UE a récemment averti (enfin) le DTP: “Prenez vos distances avec le PKK”. Quand, ce parti “politique”, qui se croit être démocrate, va-t-il enfin condamner le PKK? En 2008, le PKK a fait exploser 2 bombes à Istanbul. Des personnes ont été tuées, dont une femme enceinte. Le président du DTP dit: “Nous sommes tristes”. Ce collabo n’a pas condamné cet acte terroriste. Il prône la paix sans arrêt alors qu’il ne prend pas ses distances avec le PKK.

Le terrorisme a coûté à la Turquie plus de 200 milliards d’euros. Cette somme faramineuse aurait pu être investie pour moderniser l’est de la Turquie, si l’UE n’avait pas abandonné la Turquie dans sa lutte contre le terrorisme depuis 30 ans. Pour ceux dont la mémoire est courte, la Turquie, membre de l’Otan, a toujours été fidèle à l’Europe pendant la guerre froide. Vous avez dit trahison?
Bref, aujourd’hui, il y a une chaîne nationale kurde (une chaîne privée kurde va aussi bientôt voir le jour), et les Kurdes vont pouvoir étudier leur langue. La Turquie a beaucoup évolué, et continue d’évoluer.
Au fait, saviez-vous que la France n’a pas voulu ratifier la charte des langues minoritaires ? L’UE n’a de cesse fait pression sur la France à ce sujet, en vain. La France avait répondu: “Nous ne la ratifierons pas car nous voulons préserver l’intégrité territoriale française.” Et il y a quelques jours, la Slovaquie a interdit l’utilisation des langues minoritaires dans les lieux publics.
Mais quand il s’agit de la Turquie et de ses “minorités”, on n’hésite pas à faire beaucoup de bruit et à la pointer du doigt dans l’UE. Certains médias français et européens ont pour habitude de diaboliser la Turquie, qui serait fautive de tout et n’importe quoi. La France et l’UE devraient d’abord se regarder dans une glace avant de donner des leçons de morale à la Turquie.
La Turquie est une démocratie qui a ses défauts. La France aussi, mais mon objectif n’est pas de relayer des infos négatives la concernant, alors si vous voulez savoir pourquoi la France est une démocratie qui a ses défauts, il suffit de lire “Le Canard enchaîné” par exemple.

Pourquoi fait-on tout en France pour que les Français ne connaissent pas la Turquie? Depuis très longtemps, certains médias mènent une politique de désinformation sur la Turquie. Ainsi, il ne faut pas s’étonner des résultats des sondages. Les médias font intentionnellement peur aux Français avec des infos subjectives ou débiles, jusqu’à ce qu’ils soient en overdose, puis on demande leur avis (connu d’avance) sur l’adhésion turque à l’UE. Et c’est un cercle vicieux: les résultats de ces sondages entretiennent l’image négative qu’ils avaient déjà sur la Turquie.
Pour les médias c’est la routine, pour les téléspectateurs aussi. Si les Belges, les Finlandais, les Suédois, les Polonais, les Italiens, les Portugais, les Espagnols, les Anglais sont plutôt en faveur de l’adhésion turque à l’UE, c’est parce qu’on ne leur fait pas un lavage de cerveau comme en France.
Il arrive de voir des reportages sur le tourisme en Turquie, bien sûr, mais cela ne représente qu’une goutte d’eau quand on connaît le lavage de cerveau infligé, la subjectivité de certains médias.

Je pense que les archives de France 2 sur la Turquie ne constituent qu’un catalogue de faits divers tordus. Qui sait? Les auteurs de ces reportages se les repassent peut-être en boucle en se disant par exemple: “Tiens! Là c’est la journée mondiale de la femme de 2004 où on a fait un reportage sur un crime d’honneur en Turquie, et un autre crime turc en Allemagne. On a bien travaillé”. Ou par exemple: “Et là c’est la visite d’Obama en Turquie à laquelle on a consacré moins d’une minute.”

Donc, France 2, pour célébrer la journée de la femme en 2004, n’a rien trouvé de mieux que de faire deux reportages sur deux crimes turcs. Mais c’est qu’ils sont philanthropes chez France 2, ils iraient même jusqu’à dire, pour se justifier, que c’est parce qu’ils aiment la Turquie qu’ils ont fait ces reportages. Ah oui? Et pourquoi faites-vous un reportage sur un crime turc en Allemagne? Parce que vous aimez l’Allemagne?

Et la visite d’Obama était très importante, mais comme ce n’était pas un évènement négatif, 30 secondes étaient amplement suffisantes pour France 2.

Plutôt que de continuer à relayer les infos débiles de France 2 sur la Turquie, je vais donner un contre-exemple. Juste avant l’adhésion de la Roumanie à l’UE, France 2 a fait un reportage bidon de quelques minutes sur ce pays futur membre. France 2, pour faire digérer l’adhésion roumaine à ses téléspectateurs, a choisi de montrer une boulangerie “A la française”. Que c’était beau. France 2 a voulu donc montrer que grâce à cette boulangerie, la Roumanie est “Européenne”, et prête pour être membre de l’UE. Pitoyable. Quel niveau de journalisme. Surtout quand on sait que la Roumanie ne remplissait pas encore toutes les conditions pour adhérer à l’UE, comme la Bulgarie. Mais l’UE s’est précipitée pour les faire adhérer (et elle se précipite pour faire adhérer la Croatie, déjà 25 chapitres ouverts! Alors qu’avec la Turquie, elle prend tout son temps).

Pour en venir à Arté Info. Je me souviens qu’une journaliste dit un jour: “L’islam des Alévis est compatible avec l’UE”. Ah bon? On juge si un pays peut être membre de l’UE par rapport à sa religion? Et les Turcs non alévis seraient donc incompatibles avec l’UE?? Tous les Alévis ne sont pas pratiquants, de même pour les Turcs. Mais c’est ce qu’Arté Info veut faire croire. Quand cette chaîne montre un reportage sur Istanbul, c’est la plupart du temps les quartiers religieux ou pauvres. Arté Info, pourquoi ne montrez-vous pas Nişantaşı, le quartier français, Polonezeköy, Şişli, …. ? Il y a tellement de beaux endroits à montrer à Istanbul, comme “Beylerbey sarayı”. A ce propos, quel est le point commun entre Théophile Gautier, Pierre loti, Gérard de Nerval, et Julia Pardoe ?

Les chaînes turques, quand elles font un reportage sur la France: Paris, Bordeaux, ou la Provence, c’est toujours les bons quartiers, les endroits touristiques qu’elles font connaître.
J’ai ainsi constaté que les chaînes turques ne ressentent pas le besoin de faire de la propagande contre la France, au contraire, elles sont curieuses et ouvertes au monde. Les journalistes de ces chaînes comme TRT 2 ou TV8, ou celles que j’ai citées plus haut, ne sont pas haineux.

Au fait, n’est-ce pas la saison de la Turquie en France depuis plusieurs semaines ? J’ignore si les drapeaux turcs sont sur les Champs Elysées. Je sais que pour la Chine les drapeaux étaient bien placés tout le long de l’avenue.

Donc, tant qu’on ne diffusera aux Français en majorité que des reportages subjectifs, des clichés, ils n’en garderont qu’une image encore plus mauvaise.

C’est justement de cette situation que profitent les politiciens qui sont contre l’adhésion turque à l’UE. Mr Sarkozy, c’est clair, en a fait une affaire personnelle, il n’aime pas la Turquie, c’est pour cela qu’il est contre l’adhésion, et il chante toujours le même refrain. Quant à Mme Merkel, elle s’oppose à l’adhésion turque car pour elle et son parti des chrétiens démocrates (l’AKP, parti qui gouverne actuellement la Turquie, n’est pas un parti islamiste comme le nomment certains médias, mais islamique (conservateur), c’est différent. Mais ce sont les Européens qui le nomment ainsi, car en Turquie, il est interdit de mêler religion et politique, alors qu’en Allemagne, et dans l’UE, “chrétien démocrate” ne choque pas. D’ailleurs l’AKP est un parti qui a attiré des politiciens de plusieurs partis, de gauche comme de droite), l’UE est chrétienne et doit le rester. C’est pour cette raison qu’elle voulait inscrire dans la constitution de l’UE: “L’UE a pour racine la chrétienté”. Vous avez dit laïcité ?
Les opposants à la Turquie se font entendre plus que ceux qui la soutiennent. Ceux qui la soutiennent ne peuvent le faire très souvent car il règne dans les mentalités une atmosphère négative à l’égard de la Turquie. Cependant, il y a quelques semaines, un ministre suédois a soutenu la Turquie concernant Chypre.

C’est une réalité, la Turquie, en plus d’être diabolisée et montrée responsable de tout et n’importe quoi, a des ennemis.

D’une part, il y a vraiment une injustice à son égard. Jusqu’à présent, chaque pays candidat à l’UE est devenu membre, et avant et pendant les négociations, aucun candidat ne s’est vu imposer autant de contraintes que la Turquie. Les aides financières de l’UE accordées à chaque candidat avant l’adhésion ont toujours été importantes, sauf pour la Turquie. Autre exemple, pendant des années, les étudiants turcs n’ont pas pu participer aux programmes Erasmus et Socrates parce que certains députés européens avaient opposé leur veto. Finalement, ils ont évolué et retiré leur veto.
Concernant Chypre, l’UE n’a pas réussi à régler le problème entre les Chypriotes turcs et grecs. Au contraire, l’UE s’est décrédibilisée sur ce sujet. Sa première erreur fut d’accepter Chypre en tant que membre de l’UE alors que l’île est divisée. Ainsi, les Chypriotes turcs sont encore plus isolés que par le passé. Sa deuxième erreur fut de faire confiance au gouvernement chypriote grec. En effet, ce dernier s’était engagé à expliquer à ses citoyens l’importance du plan de paix de Kofi Annan, mais il a fait l’inverse.
En 2004, les Chypriotes turcs votèrent “oui” au plan de paix pour la réunification de l’île, alors que les Chypriotes grecs votèrent “non”.
Günter Verheugen a reconnu que ce fut une erreur d’avoir accepté Chypre du sud en tant que membre de l’UE, ce juste après les résultats du référendum.

Mme Merkel l’a avoué des années plus tard. Mais l’UE ne savait-elle pas ce qui allait se passer ? Ou pensait-elle que les Chypriotes turcs voteraient “Non”? Cependant, Mr Verheugen dit: “Je me sens trahi”. Il s’est senti trahi car le gouvernement chypriote grec de l’époque a fait de la propagande pour que ses citoyens votent “Non” au plan de paix de Kofi Annan. Le “Non” l’a emporté au sud, mais espérons que la prochaine fois, les Chypriotes grecs (et turcs) voteront “oui”. Il faut que l’île se réunifie afin que cette paix soit un exemple pour le monde entier.
Jusqu’à présent l’UE n’a pas prouvé qu’elle a la capacité à régler des problèmes mondiaux, pourtant cette capacité elle la possède. Alors pourquoi ne tient-elle pas ses promesses à l’égard des Chypriotes turcs ? L’UE devait effectivement lever les embargos que subissent les Chypriotes turcs, mais elle ne l’a toujours pas fait. Pourquoi les abandonne-t-elle ? Ils votèrent pourtant en faveur du plan de paix.
L’UE ne peut pas prétendre qu’elle a les mains liées, ce serait difficile à croire!
L’UE rappelle à la Turquie qu’elle doit autoriser l’accès à ses ports et aéroports aux Chypriotes grecs. La Turquie a répondu qu’elle le fera si l’UE tient ses promesses, à savoir appliquer la levée des embargos infligés aux Chypriotes turcs. J’ai hâte de voir comment l’UE va se sortir de cette très embarrassante situation.
Si l’UE n’arrive même pas à contribuer à la paix à Chypre, comment va-t-elle contribuer à la paix entre les Israéliens et les Palestiniens? Ces derniers étant abandonnés à leur sort horrible. Comment va-t-elle faire face aux nouveaux problèmes que le monde attend?

D’autre part, il y a aussi de la haine envers la Turquie, et ce n’est pas nouveau.
Il y a des politiciens dans l’UE qui ne supportent pas l’existence même de la Turquie, république laïque depuis 1923. Atatürk et son armée réussirent à vaincre les puissances européennes occupantes. Ils ont fondé la république turque moderne. Mais déjà à l’époque, les

Européens eurent du mal à avaler la pilule de la défaite, eux qui voulaient se partager l’Anatolie.

Aujourd’hui, après plus de 80 ans, des politiciens, des médias, des lobbies, haineux et complexés, n’hésitent pas à utiliser leur influence pour déstabiliser et nuire à la Turquie. Je le rappelle, c’est la Turquie qui a été un allié fiable et fidèle à l’UE pendant la guerre froide. Mais il y a des ingrats, des traîtres au sein de l’UE. Ont-ils une conscience?

C’est ironique: des pays de l’ex-URSS, autrefois ennemis, sont devenus membres de l’UE, et aujourd’hui, c’est la Turquie qui est traitée comme ennemie.

En 2004, avant la prise de décision pour l’ouverture des négociations entre la Turquie et l’UE, la Turquie a été victime d’un lynchage médiatique sans précédent. J’avais honte, j’étais indigné. Aucun pays candidat à l’UE n’a eu droit à tant d’animosité. Sauf peut-être le Portugal et l’Espagne?

Est-ce que la Turquie devrait être membre de l’UE? Il se peut que ce soit mieux pour la Turquie si elle n’adhérait pas à l’UE.

Pourquoi devrait-on accepter la Turquie dans l’UE? En fait la question ne se pose plus depuis 1999, vu qu’elle a été déclarée candidate officielle, et depuis 2005, puisque les négociations commencèrent. L’objectif de ces négociations est l’adhésion. Il n’y a pas d’autres alternatives que l’adhésion. Pourquoi ? Parce que c’est la loi. Et c’est la loi que doit appliquer l’UE, loi qu’elle a appliqué pour chaque candidat à la fin de chaque négociation. Si on veut savoir pourquoi la Turquie a été déclarée candidate officielle en 1999, il faut poser la question aux gouvernements et aux chefs d’Etat de l’UE de l’époque. Si on veut savoir pourquoi l’UE a décidé d’ouvrir les négociations en 2004, il faut poser la question à tous les gouvernements qui ont signé il y a 5 ans.

En attendant, pourquoi devrait-on accepter la Turquie dans l’UE? Je réponds ainsi: pourquoi se pose-t-on la question pour la Turquie? Pourquoi ne s’est-on pas posé la question pour d’autres pays de l’UE? Et pourquoi a-t-on accepté la Finlande, la Suède, l’Espagne, Malte, Chypre du sud, la Pologne, l’Estonie, la Lettonie ?

Est-ce que la Turquie devrait être membre de l’UE? Les Turcs décideront par référendum s’ils veulent faire partie de l’UE. D’ici une dizaine d’années, la Turquie aura beaucoup changé, aussi bien au niveau social qu’au niveau économique. Sa constitution va être changée mais pour le moment, le gouvernement actuel ne reçoit pas de soutien significatif de la part d’une partie de l’opposition turque (pour des raisons de politique intérieure).

La Turquie est en train de se développer à grande vitesse, et elle n’a pas besoin de l’UE pour cela. Elle a des réserves de pétrole et de gaz dans la mer Noire: 40 milliards de barils de pétrole et plus de 2 trillions de M3 de gaz, cela reste une estimation. Si tout se passe comme prévu, l’exploitation de ces gisements devraient débuter d’ici quelques années.

C’est grâce au programme économique de Kemal Derviş que la Turquie est sortie de la grave crise financière de 2001.

Et c’est grâce à la stabilité politique toute récente que l’économie turque s’est redressée (quand même 58 gouvernements en 64 ans ! Sans stabilité, pas de progrès).

Au niveau international, la Turquie, à court terme, n’a pas besoin de la puissance politique de l’UE pour être efficace et agir pour la paix, surtout avec ses voisins. Elle a aujourd’hui beaucoup plus d’influence politique et économique (en témoignent les récents accords avec la Russie par exemple) que par le passé. L’importance de sa position géostratégique est évidemment non négligeable. Mais imaginons la Turquie membre de l’UE et ce qu’ils pourraient accomplir ensemble à long terme.

Pour en venir à la géographie, il y un débat très fréquent et inutile : pour certains la Turquie fait partie de l’Europe, pour d’autres non (mais je le répète, ce genre de débat est peu productif puisque la Turquie a été reconnue candidate en 1999). Pour moi, la Turquie est à la fois un pays d’Europe, des Balkans, du Moyen Orient, et du Caucase.

Selon moi, si la Turquie doit accepter d’être membre de l’UE, c’est parce que l’union fait la force. C’est le véritable avantage pour la Turquie.

Quant à l’UE, elle a beaucoup d’intérêt à intégrer la Turquie en son sein, mais je ne vais pas en faire la liste détaillée.

Certains veulent que la Turquie adhère à l’union pour qu’elle constitue “un pont entre les chrétiens et les musulmans du monde”, le “pont des civilisations”. Je ne partage pas cet avis, bien que l’idée soit légitime. Est-ce que les accords d’Ankara de 1963 avaient un lien avec les religions? Non, et l’objectif de ces accords a toujours été l’adhésion de la Turquie à l’UE.

Si la Turquie doit adhérer à l’UE, ce n’est pas d’ordre religieux, c’est parce que c’est un projet de longue date, qui a pour origine un ancrage politique fort vers l’Europe de la Turquie d’Atatürk.

Pour conclure, les avantages dont pourrait bénéficier l’UE d’une Turquie membre de l’union ne se limitent pas qu’aux intérêts politiques, économiques, militaires, et énergétiques. Le véritable avantage pour l’UE est culturel. La Turquie a une culture très riche, c’est le plus beau cadeau que l’UE peut souhaiter de sa part.

Amicalement vôtre,

Cem

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