Turkey

La Turquie et ses voisins

Cet article a initialement été posté le 30/10/2009 ici

La Turquie et ses voisins

Lorsque la Turquie a signé des accords importants avec la Russie (concernant des dossiers énergétiques principalement) il y a environ 1 mois, les médias européens n’eurent rien de particulier à signaler, bien que ce fût une surprise.
La Turquie continue de multiplier les rapprochements politiques et économiques dans sa région: elle a signé de nombreux accords avec la Syrie et l’Iran, mais cela provoque une grande incompréhension dans l’Union Européenne et aux Etats-Unis. J’ai lu plusieurs articles français et anglais, et des médias s’interrogent: “Est-ce que l’Union Européenne est en train de perdre la Turquie?” ou ”La Turquie passe à l’est”, ou encore ”La Turquie prend ses distances avec Israël et l’ouest”. Mais que signifie tout ceci? (Et pourquoi placer Israël à l’ouest et pas la Palestine ?).
N’est-il pas normal qu’un pays veuille améliorer ses relations économiques et politiques avec ses voisins ? Par ailleurs la Turquie travaille dans ce sens avec tous les pays du monde, y compris les pays africains. Evidemment qu’elle ne va pas choisir de limiter ses coopérations avec ses voisins arabes ou iranien. Pourquoi serait-ce gênant ou mauvais pour les Européens que la Turquie renforce ces relations? Est-ce qu’il y a un besoin de vouloir se créer des ennemis ?

La Turquie a su donner la monnaie de sa pièce à Israël concernant ses crimes contre l’humanité à Gaza, en s’opposant à sa participation à un exercice militaire sur son sol. Des journalistes pensent donc que la Turquie prend ses distances avec Israël pour se rapprocher des pays arabes. C’est ridicule. La Turquie a donné un avertissement à Israël, ça s’arrête là, il n’y a pas de quoi en faire une longue et inutile réflexion. La Turquie intensifie ses relations avec les pays arabes comme elle intensifie ses relations avec l’Arménie ou la Russie, elle ne prend pas ses distances avec Israël, elle proteste contre Israël.
Et le premier ministre turc Mr Erdoğan parla en tant qu’être humain au sommet de Davos en janvier dernier, pas en tant que musulman, c’est ce qu’il souligna. Il a dit ce que la plupart des gens du monde pensent concernant ce que fait Israël aux Palestiniens. Et c’est à Israël de décider si elle veut agir pour la paix, car sans sa volonté, la paix sera difficilement possible.

Ainsi, les rapprochements politico-économiques entre la Turquie et les pays arabes ou l’Iran n’ont pas de lien avec Israël, et ils ne s’expliquent certainement pas par la religion. Ce serait trop facile, naïf, et même dangereux de penser ainsi. La Turquie a décidé d’agir politiquement et économiquement, ce pour la stabilité, la prospérité et la paix au Moyen-Orient. C’est aussi simple que cela.
Imaginons qu’à la place de l’Iran, il y avait la France au sud-est de la Turquie, eh bien la situation aurait été la même. La Turquie agit pour ses intérêts, et elle sait ce que l’instabilité signifie. Elle sait que l’instabilité engendre des tensions, et la guerre.

C’est donc pour favoriser la paix que la Turquie a courageusement décidé de nouer des liens avec tout le monde au Moyen-Orient.

Sting - \"Send your love into the future\"

Pourquoi la Turquie n’agit que maintenant? Parce qu’elle ne connaît une stabilité politique que depuis 2002, et c’est grâce à cette stabilité politique qu‘un cercle vertueux s’est formé.

La Turquie peut être l’allié de l’UE, des Etats-Unis et d’Israël. Alors pourquoi n’entretiendrait-elle pas des relations de bon voisinage avec l’Iran, la Syrie? Les Iraniens et les Syriens sont des êtres humains, eux aussi. Les Etats-Unis et Israël pointent la guerre avec l‘Iran. La Turquie, elle, pointe les échanges économiques. Grâce aux relations économiques, la paix est renforcée.

Donc la Turquie ne s’éloigne pas de l’UE, son objectif est toujours l’adhésion (des politiciens comme Mr Sarkozy ou les chrétiens démocrates, savent qu’ils peuvent ralentir le processus des négociations, mais ils savent aussi qu’ils ne pourront pas ralentir ou arrêter ce processus indéfiniment, c’est pour cela qu’ils n’hésitent pas à vociférer sur la Turquie: ils continuent sans arrêt à s’opposer à l’adhésion turque, ce en usant de tous les moyens, y compris les insultes ou la xénophobie, de manière à dégoûter la Turquie afin qu’elle abandonne les négociations et renonce à l’adhésion. C’est ce qu’ils espèrent. L’effet est bel et bien réussi sur la population turque, cette dernière étant en effet beaucoup moins positive et plus suspicieuse à propos de l‘UE. Mais les politiciens turcs sont conscients de ce projet pervers, ils ne tomberont pas dans ce piège honteux. Oui c’est une honte que, concernant la Turquie, Mr Sarkozy, d’autres en Allemagne ou en Autriche, ou d’autres, moins nombreux en Hollande, relayent des messages de haine. Ils contribuent à favoriser la xénophobie dans nos sociétés. Si les politiciens de l’UE qui soutiennent la Turquie ne se font pas entendre plus, et ne réagissent pas aux nombreuses déclarations haineuses de certains opposants à l’adhésion turque, ces derniers causeront encore plus de dommages à l’UE. Autrement dit l’UE perdra encore plus de crédibilité).

L’objectif de la Turquie est l’adhésion à l’UE, mais cela ne l’empêche pas de développer ses relations avec l’Iran, la Syrie, l’Irak, et d’autres pays de sa région. Et la Turquie n’y peut rien si ces développements en dérangent certains dans l’UE ou aux Etats-Unis.

La Turquie est en train de semer les graines de la paix tout autour de ses frontières. C’est historique. Mais ce qui m’énerve, c’est le silence de l’UE sur ce que la Turquie est en train d’accomplir, aussi bien au niveau national avec par exemple le développement des droits culturels pour les Turcs d’origine kurde, qu’au niveau international.

Quand il y a des évènements négatifs concernant la Turquie, des médias ou des politiciens en Europe ne manquent pas une occasion de les relayer longuement, et en concluent que la Turquie ne peut pas être membre de l’UE (comme si la commission européenne allait donner le feu vert à l’adhésion de la Turquie sans que cette dernière ne remplisse toutes les conditions!).
Mais quand il s’agit d’évènements positifs, c’est le silence quasi absolu. Les progrès de la Turquie gênent certains politiciens, c’est malsain. L’UE n’est pas en train de perdre la Turquie, elle perd de sa crédibilité. Et cela va encore se confirmer peut-être en décembre prochain, et/ou en milieu d’année prochaine. Les politiciens qui soutiennent l’adhésion de la Turquie à l’UE peuvent empêcher que ça arrive. Ils doivent pour cela se faire entendre plus, sinon le monde entier sera encore plus divisé qu’il ne l’est actuellement.

La commission indépendante sur la Turquie, présidée par Martti Ahtisaari, un ancien président finlandais, et dont Mr Rocard fait partie, tente depuis des années d’apporter une nouvelle vision sur la Turquie.

Mais son travail est difficile car il est noyé par les vagues racistes ou subjectives contre la Turquie.

Cependant, je pense que ce sont les verts qui peuvent faire bouger les choses au parlement européen, et sauver ce qu’il reste de la crédibilité de l’UE.

“Paix dans le pays, paix dans le monde”

Amicalement vôtre,

Cem

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